Rennes est magnifique ...et froide, ce qui m'arrange ! Je peux me mettre quelque chose sur la tête pour aplatir le brushing de ma coiffeuse attentionnée ( la Baronne en a parlé, il faut suivre!).

Les façades de la Mairie sont illuminées par des projections fixes et mobiles. Le thème de cette année est la lumière dans tous ses états! Nous arrivons quand des images en noir et blanc du cinéma d'avant-guerre éclairent la place. De nombreux spectateurs se gèlent les miches ou les fesses selon les définitions du dico devant l'Hôtel de Ville: Il est 19 h 30, un peu de poésie avant de rentrer chez soi bien au chaud! Le mari-pain-d'épice et moi avons un autre projet pour ce soir. Des fauteuils en velours rouge nous attendent à l'Opéra. Je vous bassine depuis des mois avec mon sortie à l'Opéra. Je parlais évidemment du lieu et non du genre de spectacle auquel nous allons assister. Pour l'heure point de trilles abracadantesques, de plumes sur la tête et de coups de couteau dans le coeur ! La soiréé est consacrée à Cole Porter.( 1891-1964).
Mais poussons la porte du théâtre de l'Opéra de Rennes. Un quator (ou un quintette?) de l'Orchestre de Bretagne nous accueille gaiement au pied d'un des deux larges escaliers moquettés. Bien entendu, le mari-pain-d'épice cherche illico un ascenceur pour moi. Nous avons une place pour le 1er Balcon, deux étages à monter. ( Je fais une digression explicative: J'ai passé la journée tachycarde et donc essoufflée...) L'ascenseur se mérite. Il n'est accessible que sur demande, une liftière sympathique à walkie-talkie et trousseau de clés clinquant s'occupe de nous.

Nous voilà installés, collés serrés surtout des genoux pour certains! A ma gauche , le mari-pain-d'épice , à ma droite un géant de 2m qui ne sait pas où caser ses longues jambes! Cependant, nos places sont parfaites. Devant , légèrement au-dessus de la scène centrale . Nos yeux au niveau de l'orchestre placé sur la troisième scène en arrière-plan. Sur la première scène une table est dressée luxueusement. On pourrait sentir le fumet des plats si les assiettes étaient pleines!
La salle est bondée. C'est la dernière ce soir des quatre représentations données à Rennes. Mari et moi sommes très heureux d'être là . On se prend discrètement en photo. En souvenir pour les enfants.
Les lumières s'éteignent. La Revue des Ambassadeurs va commencer.Le Maitre de Cérémonie nous dit avant le lever de rideau :Enjoy!
Le ton est donné. Nous allons assister pendant 2 heures ( Entracte au milieu) à un show à l'américaine.
Je ne savais pas trop ce que j'allais voir. J'aime me laisser surprendre. Comment dire?
C'est Broadway qui débarque en Bretagne quoi! Pas besoin de prendre un billet pour New York.
J'aurai dû m'en douter si j'avais été maligne. Cole Porter! Saperlipopette, c'était un amerloque . Il écrivait des chansons en anglais bien sûr.
La surprise est de taille! Tout la revue est chantée en anglais par des artistes américains de grande renommée. J'apprécie beaucoup la voix de Liza Vroman. Pour le célèbre producteur de Broadway Sir Mackintosh elle est ' l'une des plus belles voix du théâtre musical' J'aime le timbre de voix envoûtante de Doug La Brecque et sa cravate rouge sur costume noir. Il a de faux airs de Ray Llotta. Il vient de faire ses débuts à Carnegie Hall .C'est pas rien tout de même! Je pourrai vous parler de Katherine Strohmaïer chanteuse et pianiste, de David Engel chanteur et danseur de claquettes mais j'en reste là ...
'Les Ambassadeurs ' était un établissement parisien à destination de la clientèle américaine très . argentée. En Mai 1926 le succès d'une revue 'nègre' importée de Londres et de New York fit du lieu un endroit comme la ' Boite' la plus branchée de la Capitale et accueillit à la fois la Jet-set américaine et le Tout -Paris. Cole Porter qui vivait à ce moment- là à Paris fut invité par le directeur des 'Ambassadeurs' à écrire des chansons et de la musique pour une nouvelle Revue. Le 1O Mai 1928 fut le grand soir de première de la Revue.France Gershwin chanta entre deux tableaux des chansons de son frère! La Revue des Ambassadeurs de Porter fut triomphale. Les chansons de Porter connurent un tel succès qu'elles furent programmées tout l'automne et l'hiver 1928/1929 avant de peu à peu sombrer dans l'oubli.
Ce sont ces chansons de Porter qu'écoutèrent les chanceux de l'entre-deux guerres que nous dégustons ce soir. L'orchestre de l'Opéra de Rennes magnifie la musique de Porter. Il n'est question que d'Amour, que de quête d'Amour , que d'Amours différentes ( Porter s'est marié en toute amitié avec Liza Lee Thomas en 1919 mais son homosexualité est rapidement connue)
Sa musique est langoureuse, swing , jazzy...Pour être franche, je n'ai pas compris toutes les paroles de ses chansons. Je surprenais parfois des phrases suggestives du genre ...I want a primitive man ou I 'm mad about a boy mais j'ai adoré l'ambiance des années folles, la musique joyeuse, la joie manifeste des artistes à nous donner du plaisir Broadwaysien! Mari- Pain- d'épice a kiffé aussi!

Quelle belle soirée comme dit Michou!